TTT #10

Encore une chronique toute belle, tout fraîche! Elle a mis un peu de temps à arriver mais ne vous inquiétez pas il y a du lourd cette semaine. Je vous ai concocté une chronique de toute beauté, orientée soul/R&B avec une pointe de jazz et de reggae. Il y a des cuivres (saxo, trompette, …) dans tous les sens, des voix magnifiques et du groove à tous les étages. D’abord Allen Stone le hippie soulman, puis le duo Lady qui nous livre de la soul rétro. Ensuite viennent les frère et soeur de Wild Belle avec leur irrésistible combo de reggae/pop/électro puis du jazz avec Next Collective. Et enfin le retour des Delfonics, icônes du R&B des années 60, rajeunis par le talentueux Adrian Younge. Que de belles choses vous n’allez pas vous ennuyer! Je ne sais pas si c’est la neige du début de semaine qui a provoqué ça mais la semaine était remplie de chaleur musicalement. Le soleil est de retour, profitez en bien!
par Jean-Adrien

Allen Stone – Allen Stone

On démarre très fort avec l’album éponyme d’Allen Stone, musicien un brin hippie qui fait de la soul/R&B à influence rétro. Cet album est sorti en 2011 en auto-production, avant d’être réédité l’été dernier mais je ne l’ai découvert que maintenant. Et c’était une belle découverte! Le genre d’album qui nous semble familier, comme si on l’avait déjà écouté et aimé précédemment. Il faut dire que le jeune homme s’inspire du travail de ses illustres prédécesseurs comme Stevie Wonder ou Marvin Gaye, tout en gardant ce côté hippie comme il aime à se définir. Le résultat est tout simplement génial, le coup de coeur de la semaine, alternant entre morceaux époustouflants de swing comme « Sleep », « What I’ve Seen », la géniale « Satisfaction » (le petit est doué, on dirait du Stevie Wonder) ou les très cuivrées « Contact High » et « Nothing To Prove » et moments de douceur comme sur les belles ballades « The Wind », « Your Eyes » ou « Unaware » qui clôt l’album et qui a fait un buzz sur Youtube avec plus de 2 millions de vues. Le bonhomme est en plus un showman en live, j’en prends pour exemple les bonus de la version deluxe de l’album (disponible sur Deezer) où la version live de « Satisfaction » ainsi que la superbe « Six Years » envoient du lourd. Un très bel artiste que voilà avec du talent à revendre! Je m’en veux de ne pas avoir découvert plus tôt mais la faute est réparée et de fort belle manière.

Lady – Lady

(Ecouter sur Deezer)
On poursuit avec Lady ou l’union de deux voix soul sublimes. Terri Walker et Nicole Gray sont deux chanteuses qui ont décidé d’unir leur talent autour de la musique soul des années 60-70 et de nous livrer un superbe album chez Truth & Soul. Au passage pour la petite histoire, j’ai découvert que Nicole Gray avait collaboré avec les Black Keys sur les choeurs de l’album Brothers, toujours sympa sur un CV, notamment lorsque l’on se présente chez Twist & Sound où les Clés Noires sont particulièrement appréciées. Mais revenons à nos moutons. Les deux ladies ont donc décidé de sortir leur premier album éponyme dans lequel elles s’attaquent à la retro-soul avec une pêche et une virtuosité tout bonnement superbes. Les compos sont excellentes et tout droit sorties de la Motown, à grand renfort de cuivres et de percus. C’est un vrai retour 50 ans en arrière auquel on a droit avec des titres dignes de Curtis Mayfield (la claque « Good Lovin ») ou d’Aretha Franklin voire de Gladys Knight, un peu dans la veine de ce que fait Sharon Jones et ses Dap-Kings (aaah le label Daptone Records, autre grande passion de T&S). Mais ici le duo vocal est très intéressant, apportant un mélange et une puissance très intéressante aux voix. Et surtout on est vraiment dans un son purement vintage, sans adaptation à la sauce moderne comme dans beaucoup d’albums récents. Une vraie machine à remonter le temps. Un vrai bonheur. Cet album aurait déchaîné les foules s’il était sorti dans les 60’s. Il a en tout cas déchaîné la rédaction de Twist & Sound.

Wild Belle – Isles

(Ecouter sur Deezer Soundcloud)
La touche hype de cette chronique. En même temps comment résister à la musique du duo Wild Belle? A la ville, Elliot et Natalie Bergman sont frère et soeur, et après des expériences musicales séparées ils ont décidé de produire leur propre musique dans un style assez original mais intéressant. En effet le duo fait une musique qui pourrait se qualifier comme du reggae/pop assez riche en nuances électro et en soul/funk par moment (Elliot faisait partie du groupe d’afro-beat NOMO). Une réadaptation du reggae, plus moderne, plus pop, avec la voix sucrée de Natalie (qui me rappelle la danoise Mette Lindberg de The Asteroids Galaxy Tour) et le talent d’Elliot au saxophone (diplômé du conservatoire de Chicago) par dessus tout ça. Le duo vient de sortir son premier album intitulé Isles dans lequel on retrouve l’ensemble des genres musicaux évoqués, condensé en 11 chansons hyper dansantes et groovy. On jongle entre tout ça et je dois dire que cet album est plutôt irrésistible. Je n’avais pas été très emballé par les premiers singles du duo mais j’ai quand même écouté l’album et j’ai bien du mal à ne pas continuer à le réécouter tant le tout se révèle très agréable, hyper frais et ensoleillé (la géniale « Keep You » en intro, « Shine » qui porte parfaitement son nom, la plus triste « Happy Home » et son piano entêtant, la terriblement soul « Another Girl », l’inspirée « Love Like This » et son rythme reggae ou « When It’s Over » où Elliot chante de fort belle manière). Assurément une des bonnes surprises de ce mois de Mars. Je ne vous avais pas promis du soleil dans cette chronique?

Next Collective – Cover Art

(Ecouter sur Deezer)
Du jazz, encore du jazz! Et oui je continue sur ma lancée avec un superbe album de jazz, venant d’un supergroupe composé de jeunes musiciens qui constituent une partie de la relève des musiciens jazz. Du talent partout, partout en somme. On notera notamment la présence de Christian Scott, petit prodige de la trompette. Cet album intitulé Art Cover se base sur un principle simple et original : reprendre à la manière jazz des chansons venant d’univers aussi variés que le trip hop (« Twice » de Little Dragon, un pur régal), le rap (« No Church In The Wild » de Jay-Z & Kanye West, « Fly Or Die » de N.E.R.D.), le rock (« Oceans » de Pearl Jam), le R&B (« Africa » de D’Angelo, « Marvins Room » de Drake), la neo-soul (« Come Smoke My Herb » de Meshell Ndegeocello), le folk (« Perth » de Bon Iver) ou la pop (« Refractions In The Plastic Pulse » de Stereolab, « Thank You » de Dido). Un vaste programme. Mais cet album est tout simplement superbe, la virtuosité de chacun des musiciens se fait sentir tour à tour et la réinterprétation des morceaux donnent lieu à de purs moments de bonheur. Ce qui est intéressant c’est que chacun des morceaux a été choisi par un membre du collectif et il l’a arrangé à sa manière. Pourtant le résultat est d’une constance et d’un tel niveau que l’on peine à trouver qui est le plus doué de tous. La nouvelle génération arrive au pouvoir et propose une nouvelle vision du jazz, en incorporant des éléments venant de tous les autres genres musicaux (au niveau de la rythmique, des sons, …), tout en gardant la liberté d’expression du jazz. Cela donne ça. Waouh. Je suis vraiment content d’écouter du jazz.

Adrian Younge & The Delfonics – Adrian Younge Presents The Delfonics

(Ecouter sur Deezer)
Les Delfonics sont de retour! Pour ceux qui ne connaissent pas, les Delfonics font partie des groupes mythiques de l’histoire du R&B, ayant été maintes fois repris ou utilisés dans des films, notamment dans le fameux Jackie Brown de Tarantino. Mais depuis 1970 plus rien d’intéressant venant de ce groupe que l’on croyait tous simplement éteint. Mais c’était sans compter sur Adrian Younge, le très talentueux et très (trop?) discret compositeur soul (découvrez son album Something About April de 2011 pour vous faire une idée) qui a décidé de raviver la flamme des Delfonics, représentés uniquement par le chanteur William Hart. Et avec la manière s’il vous plaît! La collaboration a été concrétisée dans un album tout simplement intitulé Adrian Younge Presents The Delfonics. Le résultat est un concentré de ce qui a fait le succès des Delfonics, un chant haut perché mais très soul, sur une orchestration superbe et digne du meilleur des 60’s. Hart s’est chargé du chant (le bonhomme a pas loin de 70 ans mais la voix est toujours là, chapeau) et de l’écriture des paroles, pendant que Younge faisait tout le reste, y compris l’interprétation d’une bonne partie des instrus en studio (guitare, basse, batterie, nombreux claviers dont, Alleluïa!, de l’orgue) pour un résultat entraînant et pas loin du meilleur des Delfonics. Au final c’est un très bon album qui ravira les fans des Delfonics et pour lequel il faut remercier Adrian Younge. Ce petit est doué, vivement de nouvelles productions.